Alice Di Piazza interviewed by the journalist Dominique Bosshard

Alice Di Piazza interviewed by the journalist Dominique Bosshard:

 

Alice Di Piazza aime la neige. Les balades en forêt, toute proche lorsque, comme elle, on habite aux environs de La Chaux-de-Fonds. Et Brahms.

Voix feutrée et volubile, elle pourrait en parler des heures, de Brahms. De ce fameux opus 116 en particulier, fil conducteur d’un singulier récital donné par trois fois au Pommier en compagnie de Michel Voïta.

A l’origine de cette idée a priori saugrenue, Roberto Betti. A la Salle de musique de La Chaux-de-Fonds puis à Lucerne au KKL, l’interprétation très incarnée de la pianiste l’a profondément marqué. Au point de la convier, audacieusement, dans sa petite salle, pour un concert. Alice s’est tout d’abord montrée réticente. Elle peinait à se projeter dans ce lieu, taillé pour l’échange des répliques plus que pour l’envol des notes frappées sur un Steinway.

Pour autant, Alice n’a pas claqué le couvercle du somptueux piano au nez du Pommier. Mais, habitée par un intense travail mené autour de l’opus 116, elle a réorienté la proposition. Comme ses recherches embrassaient une étude approfondie des lettres de Brahms relatives à cette époque tardive, l’idée a germé de faire appel à un comédien qui puisse en assumer la lecture. « Brahms n’était pas pudique dans sa musique, mais il l’était dans ses lettres », glisse Alice, pour qui les textes d’un compositeur sont un calice dont elle aime à extraire l’humanité de celui qui les écrit.

Qui d’autre, aux yeux d’Alice, que Michel Voïta et sa voix profonde, pouvait apporter ce contrepoint? « Je l’avais vu dire les « Noces » de Camus, et j’avais été extrêmement touchée par sa présence », défend-elle, avec la légitimité d’une artiste qui aime s’imprégner de théâtre, trop rarement à son goût, et de littérature, plus fidèlement. Un livre s’emporte facilement en tournée…

La pianiste et le comédien ont donc cheminé à l’unisson dans ce climat brahmsien endeuillé par les morts successives et teinté d’élan mystique. Tout d’abord effrayée par l’acoustique du Pommier, l’interprète a fini par en croire ses oreilles. Trois soirs durant, dit-elle, la qualité du son n’a jamais fait défaut. «Pendant les répétitions, j’ai pu adapter pas mal de choses. L’acoustique du lieu s’est révélée d’une grande intimité, elle a permis au public de ressentir toutes les nuances sonores. Je me suis familiarisée avec cette salle, j’ai même eu l’impression qu’elle s’était transformée en salle de concert! »

Estompé par les rares lumières, ce public déployé autour de la pianiste est, comme nous, resté suspendu à la moindre de ses respirations, aux arabesques dessinées par sa main. Il s’est laissé fasciner par ses yeux mi-clos, son visage pétri par les émotions. Une expérience forte qui, pour l’artiste, a généré un petit bémol. Cette extrême proximité a quelque peu éprouvé ses sens aux aguets. « Je me suis sentie envahie dans mon espace, épiée dans ma façon très expressive de jouer. », formule la pianiste. Mais après un quart d’heure, l’espace s’est dilaté, le malaise s’est dissipé pour se muer, le dernier soir surtout, en une « communion émouvante » avec le public. Un regard attentif en a été témoin, Alice a eu la chair de poule…

A l’issue du spectacle, une pointe d’accent italien a roulé dans le foyer. Tout à l’heure bercée par la douleur de Brahms, Alice di Piazza n’est plus que larges sourires, bras faits pour enlacer ses amis. Il est rare, pour un musicien classique, de jouer trois soirs de suite. Elle a relevé le challenge. Un challenge «fatigant et, en même temps, léger», juge-t-elle.

©2020 Alice DI PIAZZA - Pianist

WebDev: Nicola JEAN

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